Jessiann Gravel-Beland for Vogue India, May 2012

Summer inspiration : serez-vous la sirène de l’été ?

Plutôt femme d’eau douce ou d’eau de mer ? Nous avons toutes en nous une fibre aquatique qui nous rend sensible à l’appel de l’eau. Que nous passions des heures sous la douche, au spa ou à la mer pour les plus chanceuses, les vertus défatiguantes, apaisantes et revitalisantes de l’eau nous amènent à parler d’un plaisir de l’eau. L’eau et la femme c’est une histoire qui dure, si bien que chaque été, les magazines féminins nous donnent comme objectif à atteindre la nymphe ou la sirène…

Dans notre imaginaire, le bain est souvent associé à un rituel de transformation voire de renaissance. Pour la religion chrétienne par exemple, l’ondoiement qui a lieu au moment du baptême est un acte ouvrant symboliquement vers une vie nouvelle. Certes, on ne se fait pas baptiser tous les jours, mais l’été est là… et avec lui, abondance de bains, de trempages et d’immersions aquatiques. L’été, c’est le rituel de la lenteur, le sacrement énergisant, et la transformation est de rigueur. La preuve : dès les premiers rayons de soleil, les magazines féminins voient bleu ; nymphes et sirènes deviennent les nouveaux commandements du style, et des sujets tels que « comment se la jouer sirène de la plage au dancefloor ? » régalent nos moments d’oisiveté. L’été, la femme se transforme en créature d’eau, mais pas seulement. En effet, la sirène ou la nymphe des magazines, c’est celle qui sait aussi bien y faire à la mer qu’à la ville en troquant sa queue de poisson contre des gambettes parfaitement bronzées la nuit venue, c’est celle qui sait garder ses cheveux plein d’eau de mer tout en ayant l’air coiffé, ou encore celle qui porte chanceusement l’odeur suave de la plage après la douche. Soyons des créatures mythologiques, mais tout de même, restons civilisées ! Que ces écailles toutes dures se transforment vite fait bien fait en peau incroyablement douce, satinée et dorée par le soleil. C’est ainsi que les sirènes et les nymphes 2.0 perdent leur caractère surnaturel et quasi animal. Des attributs pourtant fondamentaux lorsqu’il s’agit de créer du mystère, mais qui ne sont certainement pas vendeurs. Forte de sa puissance évocatrice, la mythologie aquatique est un thème inépuisable pour les magazines. Son usage appauvri et intempestif inscrit la femme dans des représentations caricaturales que la lectrice retrouve chaque été. Le choix ne va pas très loin, serez-vous une bonne ou une mauvaise femme cet été ?

Lily Donaldson, Vogue Spain 2012
Lily Donaldson par Alexi Lubomirski, Vogue Espagne, mai 2012

La question se pose quand on sait que la sirène est une créature ambivalente, tout aussi belle que monstrueuse. Son chant mélodieux, arme de séduction, envoûte les marins et les condamne à un destin funeste dans les profondeurs de l’océan. La figure de la nymphe quant à elle, évoque exclusivement des qualités positives. Divinité d’une rare beauté, bienfaisante et fertilisante, elle protège les hommes qui viennent se baigner dans ses eaux. A écouter les magazines de mode, il y a deux donc deux types de femmes-créatures, l’un bon et l’autre mauvais. Un choix d’exception, pour passer un été magique. Derrière les codes estivaux dictés par la mode se cache un imaginaire dédié à la représentation de la femme,  la protectrice versus la séductrice. Grâce à l’inconscient collectif, mais aussi peut-être à la raisonance des mots, chacun est capable d’associer la douceur à la nymphe, et une certaine agressivité à la sirène. Alors ? En quelle femme vous êtes-vous transformée cet été?

Charlize Theron, Vogue US
Charlize Theron in ‘Breaking Away’ photographed by Annie Leibovitz for Vogue US December 2011

 

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