Pourquoi le clip « Formation » de Beyoncé est-il déjà culte ?

Queen B. a signé son grand retour ce weekend avec le titre « Formation ». Mis en ligne le samedi 6 février au soir – 24h avant sa performance au Super Bowl – le morceau a fait des ravages sur la toile grâce à un clip qui en l’espace de quelques heures a récolté plus de 5 millions de vues sur Youtube. Cadeau tombé du ciel pour les fans, la surprise laisse place à l’écoute addictive et au visionnage hypnotique, symptômes d’un son aussi énigmatique que coup de poing. La vidéo est à peine sortie et pourtant on peut dire qu’elle est déjà culte. Retour sur la genèse d’un phénomène pop culture.

Beyoncé n’est pas seulement une chanteuse, mais une « influencer » qui se revendique engagée socialement et politiquement. Ce qu’elle dit, ce qu’elle fait ou ce qu’elle porte fait légion auprès d’un certain public. L’ampleur de son impact sur la société se révèle notamment au niveau linguistique. Issues de chansons, les expressions comme « Who run the world ? Girls » ou « put a ring on it » sont presque devenus des slogans, sinon des incontournables de la conversation entre copines. Il en va de même de certains gestes, de manières ou de poses qui sont devenus de véritables signes identitaires, notifiant l’appartenance à une communauté, et que l’on peut voir réapparaître en société.

Le clip «Formation » a lui aussi sont lot de signes. Pour certains nouveaux, mais toujours en phase avec l’univers bien ficelé de la chanteuse : féminisme ; affirmation de soi et de ses origines ; pouvoir ; argent. Dès les premières secondes du clip, on est embarqué dans un univers urbain déroutant au cœur de la Nouvelle-Orléans. Portées par des sonorités lancinantes, les plans s’enchainent et font cohabiter opulence et paysages ruinés par l’ouragan Katrina.

Les paroles de « Formation » peuvent en faire un titre culte dans la mesure où elles expriment avec ferveur la fierté d’être noir et la réussite de la chanteuse en tant que femme noire. Cependant le clip engage davantage le public grâce à des images exprimant avec force l’intention à la fois fédératrice et protestataire des paroles.

 

Les chorégraphies :

Agressives, intimidantes, à la limite du Haka des All Blacks, les chorégraphies renforcent l’engagement moral par un engagement physique, signe de conviction et de passion. Véritable démonstration de force, la danse est une arme pacifique, à l’image de l’enfant qui parvient à faire plier la police.

 

Photo Credit: Robin Harper - www.beyonce.com
Photo Credit: Robin Harper / www.beyonce.com

L’armée de femmes :

« Okay Ladies, now let’s get in formation ». A l’instar du clip Who Run The World, Beyoncé est la leader d’une armée de femmes. Partageant la couleur de peau, la coiffure et l’uniforme, les rangs symbolisent le girl power mais aussi la cohésion, le ralliement autour d’une cause commune : la femme noir oui, mais la femme tout court. De quoi sensibiliser et mobiliser le public féminin face à une problématique universelle.

Credit photo : Robin Harper / www.beyonce.com

Les vêtements :

Au grès des tableaux, Beyoncé enchaîne les looks et incarne ainsi une femme aux multiples facettes : militante ; riche et puissante ; icône de R&B ; chef d’armée ; dévote ; libre et émancipée. Toutes ces représentations de femmes partagent un point commun : la fierté et l’esprit conquérant. En toutes circonstances Beyoncé règne sur son monde, du haut de sa voiture de police, entourée de sa cours de femmes ou d’hommes, portant sa couronne : les expressions « I’m a star », « I’m a slayer » ou «  I’m a black Bill Gates » illustrent particulièrement bien cette volonté/réalité de puissance.

 

Photo Credit: Robin Harper / www.beyonce.com / robe Gucci printemps-été 2016
Photo Credit: Robin Harper / www.beyonce.com / robe Gucci printemps-été 2016

Les gimmicks :

Le clip est truffé de gimmicks qui font déjà le tour des réseaux sociaux sous forme de GIFS animés ou d’illustration de phrases sarcastiques. Mouvement de tête simulant la possession ; gestes radicaux de la main passant de l’insulte, au signe de rappeur ; de l’attitude bourgeoise au mouvement de danse. Ce sont aussi ces éléments isolés par le public qui transforment le clip en phénomène de société et l’introduise dans la quotidienneté.

 

giphy

 

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L’esthétique du bizarre :

Beyoncé a déjà exploré cette esthétique avec le clip Haunted. Rien de tel pour solliciter l’imagination, intriguer et faire spéculer le public sur le pourquoi du comment. Avec Formation, c’est le règne du paradoxe : paysage apocalyptique, filtre « vielle bobine de film » et noyade côtoient une danse furieusement avant-garde et une énergie festive. L’esprit 19e se mêle aux années 90, les intérieurs fastueux aux piscines vides abandonnées ; la provocation s’associe à l’austérité. Le clip fait ainsi l’effet d’un ovni et interpelle par sa diversité. Bien sûr, il s’agit d’évoquer de manière condensée des sujets historico-culturels liés à la communauté afro-américaine (colonialisme, ouragan Katrina, affaire Trayvor Martin ; prise de position contre la police). Mais l’effet esthétique qui en résulte n’en demeure pas moins étrange et déroutant.

 

Le clip Formation a surpris par son caractère imprévu et son contenu inédit. Sur le compte Facebook de Beyoncé, le titre a été annoncé sans chichi avec un lien vers le site officiel de la chanteuse, un hashtag #Formation et un visuel tiré du clip. Une annonce dont l’ultra simplicité présageait en creux l’assurance d’un impact maximum. Beyoncé délivre son message avec une vigueur combative, un ego assumé et revendiqué ( « I » est répété 85 fois dans le texte) et une pointe de mystère nécessaire à la construction de son aura magnétique. Déjà culte oui, car ce clip marque un tournant dans la carrière musicale de la chanteuse, vers un engagement sans précédent. Déjà culte oui, car le clip ne diffuse pas seulement un vent de fierté sur la communauté des femmes afro-américaines, mais bien sur l’ensemble des femmes.

 

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