Maxi lunettes, maxi ego

Vous l’aurez constaté, depuis quelques saisons les lunettes de vue s’affichent en grand. Fini le temps de la honte, ouste les complexes développés au collège ! En 2012, grâce aux lunettes oversize la triade binoclard-intello-aveugle n’est plus synonyme d’exclusion mais de coolitude.

Qui n’a pas rêvé de porter des lentilles au lycée pour être enfin comme tout le monde ? Qui n’a pas déjà essayé les lunettes totalement transparentes dans l’espoir que personne ne les remarque (en vain) ? Enfin, qui n’a pas déjà volontairement oublié le rendez-vous chez l’ophtalmo, pensant éviter un diagnostique fatal pour l’apparence ? Que de souvenirs désagréables pour qui se sent concerné ! Mais Dieu soit loué, depuis quelques années la mode a su mettre fin à nos angoisses oculaires en faisant de la paire de lunettes l’accessoire le plus cool, que nous ayons 20, 30 ou 60 ans.

D’où vient ce désir de l’ostentation optique qui court les rues ? Aujourd’hui la tendance est aux lunettes qui couvrent la moitié du visage… l’idéal pour avoir l’air d’un geek mais attention, un geek branché. Il faut peut-être dire merci aux hipsters pour avoir fait des lunettes de nerd  le sommet de la branchitude : armés de leurs grosses montures couleurs flashy, les hipsters ont amorcé ce travail de décomplexion autour de nos yeux, en faisant des lunettes un objet à la fois ludique et essentiel à la création d’un style.

Effet de mode, effet de style pour sûr, mais pas seulement. Les lunettes oversize qui fleurissent sur les visages traduisent la capacité à s’assumer tel que l’on est, au point d’afficher par un moyen démesuré une différence, qu’elle soit simplement physique ou qu’elle traduise un état d’esprit. Les  défauts à masquer se sont transformés en traits identitaires à exacerber, précisément parce qu’aujourd’hui l’imperfection n’est plus vécue comme un drame : elle est auto-dérision (porter des lunettes oversize c’est décalé et amusant, on joue avec son imperfection) ; elle se cultive pour dénoter l’authenticité dans un monde où règnent les stéréotypes. Désormais parfaitement acceptées, généralement griffées, les lunettes revendiquent avec fierté la triade binoclard-intello-aveugle qui ne signifie plus être exclu mais être dans le coup.

Photo : Freja Beha Erichsen par Tom Ford, campagne Tom Ford Eyeswear hiver 2010

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