L’ healthy food, le rapport entre l’âme et le corps

Après avoir longtemps critiqué le monde du mannequinat en le mettant au cœur des polémiques concernant l’alimentation désastreuse voire inexistante des tops, on a vu se développer ces dernières années dans la sphère des podiums un véritable engouement  pour l’« healthy food » et les bienfaits du sport à haute dose.

Ce concept culinaire se fonde sur des principes tels que le retour au fait-maison, la consommation de légumes, de graines et de jus hyper-vitaminés, sur le bannissement des graisses animales ou du gluten…Bref vous l’aurez compris, rien de très sexy au niveau gustatif mais a contrario l’idée omniprésente de faire du bien à son corps et à soi-même.

A la tête de ce mouvement Gisèle Bündchen, modèle de vocation et Juvénal au féminin des temps modernes qui a fondé son image sur le précepte « un esprit sain dans un corps sain ». Pratiquant toutes sortes d’activités spirituelles et physiques, du yoga au jujitsu en passant par la méditation et le surf, la belle donne l’impression d’avoir une totale maîtrise sur son corps et sa tête, s’affichant ainsi comme un véritable idéal de la Renaissance.

Si l’on est attentif au phénomène, on constate que l’healthy food ou comment manger le plus sainement possible, s’inscrit dans une recherche de purification de soi : le terme « detox », symptomatique de la culture healthy, traduit la tendance et le besoin obsessionnel d’assainir son corps. C’est par la purification du corps que l’on est censé atteindre le bien être morale, autrement dit le bien être de l’âme, si bien que la culture healthy s’emploie à faire passer le message suivant : pour se sentir bien dans sa tête il faut en premier lieu être bien dans son corps. En un sens, le vingt-et-unième siècle marche à rebours de la philosophie antique et du platonisme dans la mesure où s’opère un renversement du rapport corps-âme. En effet, la catharsis moderne n’est plus en premier celle de l’âme mais celle du corps. Rappelons que Platon définissait la catharsis comme purification de l’âme, c’est-à-dire essentiellement comme séparation de l’âme d’avec le corps au profit de l’âme en tant que telle: « Quand  nous nous serons ainsi purifiés, en nous débarrassant de la folie du corps, nous serons vraisemblablement en contact avec les choses pures et nous connaîtrons par nous-mêmes tout ce qui est sans mélange, et c’est en cela sûrement que consiste le vrai » (Phédon, 67a). Aujourd’hui, la plénitude de l’âme recherchée sous couvert de la quête du bien-être et de la bonne santé, ne passe plus directement par l’âme ou plus largement par la sphère intellectuelle ; bien au contraire le corps en est la seule condition de possibilité.

 Photo : Gisèle Bundchen par Inez & Vinoodh, Vogue Paris, juin-juillet 2012

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